La nuit désirante

Publié le par le petit homme

 

 

Nous sommes allés en discothèque.  Au retour, je me suis couché.  Jean était à côté de moi sur un autre lit. Son bras, long, musclé pendait et ses doigts frôlaient mon torse. J’attendis avec bonheur que la nuit devînt silencieuse. Sans doute attendait-il que le même silence s’installât. Ses doigts vinrent se mettre contre mes lèvres, doucement. Je les suçais avec avidité jusqu’à les avoir au fond de ma gorge. J’eusse pu m’arrêter là, à les sucer, les lécher la nuit durant. Sa main, puissante, vint sur mes épaules, me délogea du lit, m’amena vers lui, vers sa nudité. Son corps était très grand, son ventre impossible à cheminer sans prendre une pause pour respirer. Il empoignait sa queue, et la frottait sur mes lèvres, jouait avec elles. Il prenait mes cheveux, les tirait, les tenait sèchement puis doucement. Nos doigts se mêlaient, semblaient ne plus vouloir se séparer dans la nuit noire. Rester ainsi toute une nuit qui dura une vie entière dans le secret de la chambre noire. Les jours précédents, je sentais son regard passer sur moi, me traversait le temps des repas. J’étais son dégoût, sa révulsion. J’étais ce qui l’attirait, le dépassait ; une force plus grande que lui, son désir passait sur mon visage, fixait mes yeux, retenait les mystères de mon pouvoir sur lui. J’étais sa faim. J’étais les courants de la marée qui l’éloignait du rivage, par la force indomptable de la mer qui gagne la terre quand elle est en colère dans ses cycles hebdomadaires. Son regard fuyait le mien mais ne pouvait s’éloigner de mes yeux, il s’accrochait, se dérobait. Une marée contre laquelle ses luttes intérieures étaient noires, sans fins, interminables et pourtant noyé dans une douceur incomparable. Ce regard l’immergeait parfois de solitude, d’attachement. J’étais sa défaite. Son humiliant amour.
La mer est bleue, d’un bleu d’amour triste.
Je m’endormais sur son ventre, son bras enlaçait mon cou, ses mains sur mon visage.

 
Mardi 28 juillet
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