À quel point sommes-nous artistes ?

Publié le par Le petit homme

le 18 février, le soir


HPIM3027
J'ai reçu la visite de Linette. Elle s'est transformée. Élégante, gracieuse, Linette dodeline à l'air triste du temps. Assis sur le tapis, je la trouvais jolie avec ses cheveux de la couleur jaune des sables du désert qui recouvrent son visage lunaire, blanc. Son teint est si pâle que son surnom de petit poussin lui sied à merveille, comme si elle sortait  à l'instant de l'oeuf. Elle m'écoutait palabrer (ou bien est-ce moi qui m'écoutais),à lire ce qui m'avait ému, ce qui me déchirait. Je suis chagriné de ne pas l'entendre plus s'exprimer. Elle appartient à ces femmes  dont les paroles sont toujours profondes, rares. Et je ne l'écoute jamais assez, ne la laisse jamais assez s'exprimer. Avec Linette je dois dire que j'ai rencontré un double féminin. Sauvage, généreuse, capricieuse, injuste, en colère, terrible et intelligente. Nos parcours sont liés et comme le disait Yann Andréa de toujours à toujours et pour toujours.

Nous avons regardé le film J'ai tué ma mère du jeune Xavier Dolan. Il est remarquable. Le rôle de la mère est parfaitement interprété par Anne Dorval. Ce personnage, écrasant, hystérique, n'illustre pas un vulgaire mélo-drame d'une relation mère/fils compliquée. Dans ce film sont disséqués les impossibilités de chacun des personnages à pouvoir se rejoindre. Il  fait le constat inévitable du ratage. La mère n'est jamais caricaturée. Au contraire, sa féminité est revendiquée, son indépendance bien qu'elle aime à la folie son fils est mis en relief. Le droit de la mère est indéniablement le droit d'être une femme. Et cela exige aussi de ne pas souffrir la tyrannie, bien que inconsciente et normale, de son fils. Le personnage le plus illustre dans ce film est incontestablement celui de la mère.
C'est un film musical. Il est incroyable de constater que souvent les films les plus intelligents ont la nostalgie de la comédie musicale. La voix de ce film est la musique. De même qu'il est un film très écrit. Des traces de la poésie des personnages s'inscrivent sur l'écran.
Malgré toutes ses qualités, ce film semble cependant être  victime d'une trop grande charge émotive. Comme si ce film en fin de compte était clos sur lui-même. Il me fait penser aux livres où la première impression est excellente car on se dit que cet écrivain pense exactement comme nous-mêmes. Autrement dit, il ne nous apprend rien. Comme quoi les livres les plus vendus sont sans doute ceux qui vous racontent ce que vous savez déjà. J'ai tué ma mère est en ce sens un film juvénile. En rien il n'est rare, mais ce qu'il décrit est tellement violent, intime qu'on n'en reste évidemment pas insensible.

Vers minuit, ou plus tard encore, j'ai raccompagné Linette chez elle. Elle m'a proposé de prendre un dernier verre dans un bar. Les cris, la sauvagerie des jeunes (je remarque à ce propos qu'il s'agit essentiellement de mecs) qui enflent leur coup à être trop chargés de testostérone et l'ivresse ambiante m'ont vite découragé. J'ai donc décliné l'invitation.
Sur le chemin du retour, une main s'est saisie d'un flanc de mon manteau et me suis retrouvé nez-à-nez avec un homme, assez beau, grand, qui me souriait. Je n'avais pas reconnu un mien ami, Thomas, que je n'avais pas vu depuis longtemps. Ses cheveux courts l'ont changé. Il fait plus étudiant. Il était avec des amis. Nous discutâmes un moment avant qu'une chaleur, d'un seul coup, m'envahît, m'étourdît même. Je ne me sentais pas bien. Je pensais vomir et m'évanouir. Est-ce une crise d'agoraphobie ou un contre-coup de l'excès de vin que j'ai pris avec Linette ? Mystère. Je suis rentré chez moi ôtant sur le parcours, écharpe, gants, manteau tant j'avais chaud. C'est regrettable car un des amis de Thomas était mignon. Assez petit, châtain clair, barbe naissante, sa voix était agréable. Je dois dire qu'il était séduisant mais de là à le tenir  responsable de mes bouffées de chaleur, je n'irais pas jusqu'à m'en convaincre ...





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