Ce jour-ci 2

Publié le par Le zôgraphe

 

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Les rideaux rouges sont tirés. L'araignée noire vit dorénavant cachée parmi les livres. Le ciel s'est recouvert d'un voile blanc froissé. Le printemps comme quelque timide après un accès de courage n'apparaît plus, vivant en silence la fierté d'avoir éclos. Les paroles des êtres de son entourage se confondent en un sabir dans lequel il ne comprend rien de la vie qu'il exprime. Bien sûr le chant des oiseaux ne se découragent pas ; des nids sont à bâtir ; les becs se chargent de brindilles parfois trop lourdes pour le corps chétif des plus petits oiseaux d'entre eux. Inlassablement, la saison travaille au cheminement d'un dessein têtu que la terre, quoiqu'afflaiblie, accomplit chaque année, au même moment et au même endroit dans tous les lieux de la terre.

 

Se retirer c'est revenir aux abords de ce dessin originel.

 

Il y a ce bord du fleuve où il faut venir se désaltérer. Porter en soi le désert pour ne plus se soumettre à l'ordre établi par les saisons, s'émouvoir d'une fleur sans jamais la comprendre comme l'écho de quelque chose qui revient. Ne rien dire de la vie. Sortir de l'exégèse, de cette tentation de couvrir le trou du savoir et ensevelir faussement le manque à mourir que tout homme tente toute sa vie de fuir. 

 

Hégire est ce départ, arrachement de l'endroit sacré.

Pessa'h est l'oubli de l'endroit où  nous sommes arrivés, fête du départ ; ressouvenir de l'enclos.

 Tout voyage est contraire à l'exode. Le voyageur est imbécile, un imposteur qui élingue sa carcasse morte de n'avoir jamais osé se confronter à la poésie ; visite l'étranger comme le colon visite la terre ; se couvre d'amour comme de ridicule ; vérifie -enquête policière - où est l'ailleurs et pourquoi l'ailleurs existe sans lui. Il cherche l'alibi.

Annoncer à son retour qu'il n'y a rien.

 

Ce jour-là, ce jour-ci sont des sorts.

 

 

Le zôgraphe

 

 

 

 

 

 

Publié dans Écriture

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