Duras : frisson érotique, les mots léchés

Publié le par Julien

 

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"  Sa langue descend vers cette autre féminité, elle arrive là où elle se fait souterraine et puis elle remonte patiemment jusqu'à reprendre et retenir encore dans sa bouche ce qu'elle a délaissé. Elle la retient au bord d'être avalée dans un mouvement de succion continue. Il n'essaie plus rien de nouveau. Yeux fermés. Seul. Sans gestes, il crie.

  La-haut, le cri, la plainte se fait plus aigüe. Elle est presque enfantine d'abord et ensuite elle s'approfondit, elle devient si douloureuse, tant, que la femme, doit lâcher prise. Elle lâche, se retire, amène les cuisses plus près d'elle, les écarte et regarde et respire l'odeur humide et tiède.  Elle s'attarde, le visage enfoui dans ce qu'il ignore de lui, respire longuement l'odeur fétide.

(...)

Il crie doucement une plainte d'intolérable bonheur.

   Le ciel passe lentement dans le rectangle de la porte ouverte. Il avance tout entier, on dirait à lente vitesse de la terre. Les masses de nuages au dessin fixe sont emmenées dans la direction de l'immensité.

  La bouche ouverte, les yeux clos, elle est dans la caverne de l'homme, elle est retirée en lui, loin de lui, seule, dans l'obscurité du corps de l'homme. Elle ne sait plus très bien ce qu'elle fait, ni ce qu'elle dit, elle croit toujours possible de faire encore autrement. Elle embrasse. Là où règne l'odeur fétide elle embrasse, elle lèche. Elle nomme les choses, insulte, crie des mots à son secours. "

 

 

 

 

Extrait de "L'homme assis dans le couloir, Marguerite Duras, ÉD. de MINUIT

Publié dans Poésie

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