L'éveil du printemps

Publié le par Le petit homme

Samedi 6 février




J'ai parcouru la ville pour trouver un cadeau à Harry. Il vient d'atteindre 35 ans, l'âge où le corps de l'homme, sa puissance, sa virilité, son charme, est à son acmé. Sans doute, la  trentaine devient cette âge où intellectuellement nous sommes à jamais formés.
J'ai fait les boutiques les unes après les autres en vain. Je ne trouvais rien à offrir, du moins je ne trouvais aucun cadeau singulier qui aurait pu me parler ou parler un peu à notre histoire. J'ai fini, l'heure avançant et étant déjà bien en retard alors qu'il me restait tout un tas de chose à faire avant d'aller au théâtre à 20h, par offrir un livre mêlant peintures et textes qui évoquait la Loire. J'ai pensé  que ça plairait à Harry lui qui passe tant de temps à écrire ses poèmes au bord du fleuve sauvage des hommes.

J'ai donné un cours de français à mon élève. Il était déjà moins timide, disons qu'il donnait l'impression d'être persuadé qu'il fallait travailler pour surmonter nombre de ses difficultés. Nous avions rendez-vous à 15h30, et je suis arrivé avec dix minutes d'avance. Je suis toujours en avance. J'ai une sainte horreur du retard bien que je sois sur la vie très en retard. Je suis si pointilleux sur le retard qu'il m'est arrivé de m'engueuler avec  toute la terre entière puisque aucun ne semble respecter la parole donnée. La mère de mon élève   a ouvert  et elle m'a dit que son fils était avec le prof de maths. Je lui ai donc proposé de faire un tour de quartier et suis revenu à 15h30 et j'ai encore attendu 10 minute à la porte. Cette attente m'a excédé et mon entrée dans la maison était placée sous le signe visible de ma nervosité. La mère ayant compris ma mauvaise humeur s'est très vite éclipsée.



*


Franck Wedeking. L'éveil du printemps, mis en scène par Guillaume Vincent

Je donne le discours explicatif de la pièce.
 
Martha prie pour qu'on ne la batte plus, tandis que Wenda, elle, rêve de connaître la douceur du fouet. Au soleil couchant, deux jeunes garçon s'embrassent, ils se projettent dans l'avenir, Hans se verrait bien millionnaire, Ernst, lui, pasteur avec femme et enfants. Moritz avoue son ignorance quand aux "mystère de la vie", Melchior s'improvise professeur d'éducation sexuelle sexuelle. Ilse est depuis longtemps passé d ela théorie à la pratique, mais déjà, elle regrette la douceur des goûters d'anniversaire.
Sous l'aspect sulfureux de la pièce, il est effectivement question de morale, mais aussi de dénonciation. C'est tout le système de la bonne éducation prussienne qui est  mis à mal. Wedeking ne se fait pas théoricien, ni pourfendeur d'une cause, il agit toujours en poète.


Je crois pour la première fois, j'ai eu peur au théâtre. Les coups de pétard, le volume élevé du son, les mouvements permanents, nerveux, excités, presque possédés des personnages ont eu un effet formidable, terrible. Le public est en insécurité.

Dans cette pièce le metteur en scène a voulu je crois  l'actualiser, la rendre  compréhensible voire même complice de la génération d'aujourd'hui. Le grand apport c'est naturellement la présence permanente de la chanson, de la musique et de la danse. Cette pièce évolue dans un bordel de mouvements, de chants, de danses, de hurlements. C'est éjaculatoire, lascif, effrayant et drôle. C'est une pièce sombre, nocturne.
La scène était composée de deux espaces scéniques dont l'une mouvante. ça donnait une impression incroyable quand cette scène mobile surélevée s'approchait du public. ça donnait à la pièce un aspect cinématographique. D'ailleurs, à plusieurs reprises, des allusions, comme je le faisais remarquer,  ultra contemporaines, comme à ... maître Yoda ...
Le personnage de Moritz était parfaitement joué, interprété par Nicolas Maury.

La pièce a duré 2H50 avec l'entracte. Je n'aime pas les entractes où les gens ne peuvent s'empêcher au bout d'une heure trente d'aller pisser, boire un verre, aller fumer. Cela me rappelait à toutes ces pétasses quand j'étais en lettres qui à la moins épreuve apportaient une bouteille d'eau et des gâteaux.


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Dimanche 7 février, le soir




Mon amant Lahore m'a contacté ce matin. Il avait envie de moi, en pleine nature...
Bonjour Monsieur. Cela vous dirait-il de venir me chercher afin que je puisse vous enfourcher dans cet univers arboricole près de ma demeure.
 
Charmante proposition, mais j'étais encore dans mon lit à une heure de l'après-midi. Ce qui est à la fois charmant et peu pratique, c'est son attitude de fugitif. C'est toujours imprévu. Hélas, ces dernier temps je suis très occupé et les moments où il me propose de le voir je suis toujours pris.
À part aujourd'hui, mais j'étais si épuisé de ma soirée que même la perspective de me faire baiser m'épuisait tout autant. Je me suis contenté d'une branlette sur le site tube8.

Silis est le meilleur ami de Harry. Il m'a toujours séduit bien qu'il ne soit pas extraordinairement beau, mais il a du charme et son intelligence me frappe. Et puis il est érotique. Bien des garçons sans être beau possède cette aura sexuelle. Du même âge qu'Harry, il est aussi de la même taille, petit. Petit et maigre. Ses cheveux sont poivre et sel. Ses mains sont très belles, longues, et les doigts  assez charnus. La veille, j'avais tenu à l'appeler pour le remercier de son invitation et clarifier la situation, car depuis ma séparation d'avec Harry, qui remonte à novembre de l'an dernier, je n'avais jamais revu Silis et son petit ami Oscar. Je ne voulais pas qu'on m'invite en pensant que j'étais en quelque sorte le territoire protégé de Harry. Célibataire, je suis libre et indépendant. Comme à chaque soirée dans leur maison, on finit tous complètement ivres. Et Silis et moi toujours à se désirer.

J'ai passé ma journée à écrire et à buller. Harry m'a rendu une courte visite durant laquelle je lui ai remis son cadeau. Il m'a apporté cigarettes et coca cola, boisson inséparable de mes lendemains d'ivresse.


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