La nouvelle France moisie : rendez-nous les pavés !

Publié le par Le zôgraphe

 

"Les enfants qui ne rougissent pas de leurs parents sont irrévocablement condamnés à la médiocrité.

Rien n'est plus stérilisant que d'admirer ses géniteurs." Cioran

 

 

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Je me souviens d'avoir lu l'article de Sollers intitulé "La france moisie". Cet article fit grand bruit à l'époque. Du haut de mes dix-neuf ans, j'avais la sensation étrange qu'une France, à ce moment-là, discutait avec elle-même tout en étant à côté d'elle-même. Sollers, BHL, Cohn-bendit ne sont pas la France, de même que leurs ennemis de toujours, les moisis, les chevènements, les mitterrands et tous les drogués de l'humus qu'aimeraient sniffer à toute heure tous ces français suspects du terroir. En lisant cet article, j'étais frappé qu'on évoquât une France qui ne m'évoquait rien. Plus tard, je compris que cette France antifongique, de même que la France dite moisie, n'étaient plus, depuis longtemps, la France que je vivais. En effet, les moisis et les antimoisis avaient la particularité d'une même odeur de remugle. La France d'avant-hier polémiquait avec la France d'hier ;  ils prenaient un malin plaisir à se retrouver, pour se foutre sur la gueule, les vieux. Et pour ce combat, on prenait à témoin une jeunesse qui en rien ne pouvait comprendre ce face-à-face qui l'excluait.

Autrement dit, s'affrontaient les héritiers de la résistance aux collaborateurs, s'affrontaient les gaullistes aux soixante-huitards. Chacun empli du même orgueil dénonçait chez l'autre les pires travers qu'ont accordé tant de fois l'adjectif de honte à la France.

Mais vint un jour je naquis.

Je suis né avec l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Nom de code de ce jour : 1981.

Nous sommes en 2011 aujourd'hui ; les seules nouvelles des grands intellectuels de ce pays qu'on nous donne sont celles du jour de leur mort.

Nom de code 1981 disais-je ; nous signerons pour trente ans d'espoir échaffaudé, puis déçu puis humilié.

2002 : au second tour Jean-Marie Le pen. Nous votons Chirac. Les collabo et les gaullistes n'avaient pas encore fini leur castagne. Nous jeunesse, nous n'avions aucun mot à dire. Il fallait voter papa ou pépé. On préféra papa.

La France est ce vieux pays où l'on aime être vieux. Pis, les vieux adorent jouer les jeunes, exaltant sans cesse leurs querelles, leurs débats, leurs fractures, leurs lâchetés, leurs bassesses, leur héroïsme d'autrefois.

 

Les moisis ne digèrent toujours pas le rapt de leur vie d'antan, de son organisation par les irresponsables soixante-huitards. Les soixante-huitards ne désarment pas : liment toujours et encore en débusquant partout où l'on voit, ressent une manifestation moisie de ses adversaires.

Nom de code 1981. Je suis né

Les soixante-huitards ne veulent en rien lâcher la bride qu'ils ont durement arrachée à leurs pères (pairs).

 

Rendez-nous les pavés ! Foutez le camp ! Aucun jeune n'entend vos imprécations, vos chasses aux sorcières bidons, vos pseudo défenses de la liberté, vos cols blancs vos porte-cigarettes. Vous êtes hier.

En nous, aucune empreinte de vous.

Dis donc papa ? Pourrais-tu nous laisser tranquille vivre et inventer nos vies ?

Rendez-nous notre liberté ; nous sommes jeunesse et nous venons reprendre notre place.

 

Regarde le monde que tu nous as laissé. Arrête de jouer la diversion avec tes ennemis d'hier, c'est de toi dont on parle, de ta responsabilité. Tu as échoué ? Ce n'est pas grave. C'est l'interminable défaite de la vie, mais pourrais-tu, au moins, laisser imaginer, à tes enfants, leur prochaine défaite ?

Car sous vos pavés, la cendre !

 

Tu sais, ta jeunesse a été éduquée, flippée, écrabouillée, oubliée. Aujourd'hui, elle a un regard qui fait peur. Un regard qui accuse, un regard sans larmes.

Aujourd'hui encore, notre jeunesse apprend de l'autre côté de la méditerranée qu'un papa peut être viré à coup de pieds au cul. Tu as le cul qui chauffe, papa ?  Non ? non... bien entendu, tu es trop sûr de toi ; c'est d'ailleurs à ça qu'on te reconnait  : arrogance et certitude. Les arabes sont des hurons ... C'est pour l'instant exotique pour toi, presque rafraîchissant même, tant ta jeunesse revient à toi ces-jours-là. Mais n'oublie pas qu'entre temps c'est toi qui possèdes des riads au pays des hurons, pas moi, pas nous, pas ta jeunesse.

 

Ta jeunesse s'ennuie à périr. Elle pourrit d'ennuis ; tu l'as moisi avant même qu'elle ne fleurisse. À part désirer son image et son corps, que fais-tu d'elle ? qu'as-tu fait pour elle ? qu'entends-tu d'elle ? Que comprends-tu d'elle ? Tu nous abandonnes face au Front National, ton héritage.

 

On veut des emplois, de la sécurité, du bonheur, bla bla bla. Tu sais ce qu'on veut ? C'est qu'on arrête de nous faire accroire que la terre est plate. Tu comprends ça ?

Regarde le nom de tes journaux : le Monde, Libération, le Figaro.  Belles promesses. Non tenues. Vous vous êtes fourvoyés. Vos noms ne sont que des coquilles.

Il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Tu comprends que BHL est une blague. Que Sollers c'est une parodie de  quai où l'on se prend au jeu nostalgique d'un bord de Seine où l'on achetait de vieux bouquins.

 

Tu comprends mieux maintenant. C'est une question de temps ; viendra aussi ton tour papa de France. Nous sommes épuisés d'explications, épuisés de mots.

 

 

 

Le zôgraphe

 

 

 

Publié dans dégagement

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