Le vertige nocturne des peurs ancestrales

Publié le par Le petit homme

Le mardi 16 mars

DSC00094_2.JPGUn rêve angoissant cette nuit m'a réveillé. Je semblais être locataire (?) d'une sorte de château  en ruine du XVIII è siècle. L'agencement de l'appartement ressemblait à celui que je louais avec Amid. Qu'on nommait la Casa Zola. Le propriétaire m'avait d'ailleurs invité à  visiter son manoir (oui, c'est le terme) à Tours nord qui était en piteux état. Pour revenir au rêve, il était extrêmement angoissant car je ressentais des forces invisibles et puissantes. Je crois qu'il y avait d'autres personnes avec moi. Je ne sais plus. J'allai chercher croix et chapelet et priai à haute voix pour chasser les démons. J'étais moins effrayé que désolé. Je souffrais une solitude extrême.
C'est un rêve récurrent, bien que le lieu ou les personnes changent. Rêve d'angoisse, de solitude métaphysique. C'est aussi les démons intimes que je combats chaque nuit. Il est bien des nuits où je suis réveillé par un long soupir. Comme si quelqu'un expirait de chagrin ou de désespoir à côté de moi ; je me suis rendu compte que ce soupir venait de moi. J'étais réveillé par mon propre soupir. Ce soupir hors de moi. Est-il possible que ma nuit soit à ce point désolante jusqu'à en être réveillé par mes propres soupirs ?
 Quatre ans  auparavant, j'ai eu une véritable crise mystique. Dans mon appartement rue constantine, j'avais dressé un véritable autel. Il y avait des cierges, des crucifix, une statue de la Vierge, du sel, de l'eau bénite. Souvent, je faisais une prière, précisément une véritable messe. J'étalais un long drap rouge. La chatte Arwen, qui surveille mes nuits en chassant ma peur (simplement qu'en être vivant, elle me ramène à la réalité et brise mon face à face avec la nuit) se couchait sur le tapis rouge et priait avec moi. Je n'ai jamais vu une telle symbiose entre un animal et un homme. Tous mes amis ou visiteurs n'aiment guère la chatte Arwen, car elle est distante et fugitive. Ils n'imaginent guère que son comportement avec moi soit aux antipodes de ce qu'elle démontre aux autres. Harry avait dit très justement : c'est un chat qui n'a qu'un seul maître, qui n'en reconnaît qu'un seul. Il est assez émouvant de voir à quel point un animal peut vous accorder autant de confiance voire d'abandon.
Ce mysticisme remonte à mon enfance. Je crains que mon grand-frère soit responsable de l'agitation de mes nuits. Son adolescence était perturbée. Il pratiquait le spiritisme et une scène m'a frappé particulièrement. Un soir, la maison familiale était une véritable ruche d'inquiétude. Mon frère avait je ne sais quel comportement qui effrayait mes parents. Mon père a voulu faire une séance avec mon grand-frère. Quand mon père est sorti du salon après cette expérience à laquelle on m'avait formellement interdit d'y participer, il portait sur son visage l'effroi. C'était cette frayeur sur le visage de mon père qui m'avait terrifié. Mon frère était agité, car il disait que le père n'aurait jamais du soulever le verre. Selon lui, le démon était maintenant parmi nous. À partir de ce jour-là, la maison familiale m'est devenue inquiétante et hostile. Maintenant encore il m'arrive de ressentir l'hostilité de la maison quand j'y dors.
L'autre événement s'est passé autour de la petite église Saint Étienne du Xè siècle qui surplombe l'ensemble de notre quartier. Sur un côté de l'église, très peu visité, une statue incorporée dans le mur représente la vierge Marie et l'enfant Jésus. C'est une statue très ancienne et usée par le temps. Adolescent, j'adorais cette statue que peu de monde connaissait. Les soirs d'été, seules les chauves-souris gardaient la place de l'église. J'étais effrayé par elles et par la nuit, et le silence aussi. Ce côté de l'église n'était pas illuminé. La peur est surtout le désir de la peur. C'est un étonnement face à l'inconnu. C'est être frappé par le mystérieux. La peur est une sorte vertige.

*

J'ai accompagné Tahar à l'hôpital pour un scanner. Pour accéder à l'accueil, nous avons longé un chemin  au bord duquel les crocus parsemés dans l'herbe étaient en fleur.
C'est la première fois que j'entre dans cet hôpital Trousseau. L'entrée est très décor année 70-80. Tout est orange vieillie et marron, fenêtres teintées.

Le temps qu'on vienne chercher Tahar ou le temps d'aller d'un service à l'autre, je m'entraînais à prononcer le son ayne en arabe. J'en suis incapable pour le moment. Il vient de la gorge, au niveau de la pomme d'adam, comme une éructation. Il est un des sons caractéristiques de la langue. Son totalement inconnu pour un francophone. C'est pour cela que l'arabe peut être une langue qui heurte nos oreilles et qui peu paraître désagréable car elle utilise des sons dont l'écho dans notre propre système linguistique est inconnu. Avec Tahar, je commence peu à peu à m'habituer à la prosodie arabe. Mon oreille se dégourdit.

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JR est arrivé. Lionel est venu dans l'après-midi pour installer le nouveau plan de travail en formica blanc.
La machine à laver semble fonctionner.
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