Marc-Édouard Nabe, " L'homme qui arrêta d'écrire". Du conflit israélo-palestinien

Publié le par Le zôgraphe

 

 

Marc-Edouard Nabe.

Je l'ai entendu dans plusieurs émissions apporter son soutien ou du moins dire comprendre le combat et les revendications des musulmans, sur l'Iran, sur la Palestine, sur le niqab etc... (tout en sachant que les journalistes ne s'intéressent qu'à ces questions-là pour tenter de démontrer que Nabe est un salaud ; je ne suis pas dupe bien sûr...)

Cependant, je me suis demandé s'il n'y avait pas chez Nabe une tendance à vouloir retrouver une audience dans la population  en défendant en général l'Islam. Lui qui traine le boulet d'une réputation d'antisémite, cette cause nouvelle, arabo-musulmane,  a l'avantage de le distinguer  de l'extrême droite française et européenne marquée par une  haine vicérale  des arabes et des musulmans. Pas idiot le Nabe, il est un peu comme Houellebecq, il connaît le fonctionnement médiatique.

 

S'il est écrivain qui veut  éclairer les angles morts que la société ne nous montre, par idéologie, par manque de recul sur elle-même, Nabe sur l'Islam et le sionisme est aussi stupide que l'élite médiatique. Les tartuffes parlent aux tartuffes, car les uns prennent une position qu'ils pensent courageuse car minoritaire, bien qu'ils possèdent tous les intruments du pouvoir d'expression, et  le camp d'en face  croit lui opposer une opinion tout aussi courageuse, car pense-t-il minoritaire également, sur l'Islam et Israël par exemple, alors que la majorité de l'opinion est avec eux. C'est une image qui débat avec son reflet.

 

L'antisionisme est la pensée la plus crétine et la plus pauvre qu'on ait jusqu' à maintenant formulée. C'est du niveau des "enfoirés du cœur" : ils sont contre la guerre et l'injustice, la bonne blague !

Elle pourrait être inoffensive si elle n'avait pas obsessionalisé le débat autour de cette question. S'il est un choc de civilisation, c'est eux qui sont en train de le construire artificiellement sur cette question. Car il est bien des conflits dans le monde qui ne clivent pas autant les opinions ; des conflits plus ou moins cruels, plus moins injustes que le conflit israelo-palestinien lui-même.

Je suis convaincu d'une chose, c'est que dans ce pays, où la pastille vichy reste encore dans le gosier français, on continue notamment avec l'antisionisme de contester le droit à l'existence des juifs. On en est même à contester leur monopole de la souffrance ;  après la tentative d'extermination par les nazis, on ne leur pardonne pas d'en être victimes et la shoa est une occasion supplémentaire de les détester ! Je suis d'ailleurs surpris qu'il n'est pas encore de penseurs très intelligents qui auraient démontré que le nazisme était un complot juifs dont le but ultime eût été de rendre martyre à un point inimaginable les juifs  pour leur donner éternellement le monopole de la victime !

 

Le palestinien va devoir commencer par se débarrasser du monde entier ; de cette armée mondiale qui n'a de cesse en le soutenant d'en faire un otage pour expier tous les fantasmes des combattants nationaux, internationaux ou religieux du monde. Tous ces soutiens, qui ont des intérêts disparates (et souvent contradictoires), empêchent les palestiniens de s'approprier non seulement leur terre mais la Terre en général.

 

La guerre est une querelle humaine où jamais les armes n'apportent de solutions. C'est la querelle la solution, c'est-à-dire  que c'est dans le refus de prendre en considération l'existence de l'autre, dans la négation même de l'autre, que l'autre trouve à exister.

 

 La terre pour laquelle ils se battent n'appartient pas plus aux israéliens qu'aux palestiniens, pas plus que les gaulois sont les descendants des français. Ces deux peuples sont en train de créer de l'Histoire : leur Histoire. Et le monde entier a du mal à le souffrir car il conçoit son époque comme  la fin de l'Histoire ( C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles les jeunes générations sont souvent sans culture historique, et ce n'est pas  leur faute, ils sont le résultat de leur société ; la société moderne se vit en dehors de l'Histoire car, pour elle, elle est achevée).

Alors que faut-il faire, rien ? Je ne dis pas cela, je dis simplement qu'il faut faire ce que le monde a toujours fait, ni plus ni moins pour cette terre-là que pour une autre. L'humanité entière, dans son ensemble, dans sa complexité, dans ses lâchetés, dans ses grandeurs, dans sa survie même en tant qu'espèce, dans son avenir, ne se joue pas là-bas. C'est cela qu'il faut cesser de nous faire accroire.

 

Pour revenir à Nabe, je suis toujours surpris, quand il est invité, qu'on ne l'interroge pas sur ses livres ou du moins l'intérêt littéraire y est toujours pauvrement abordé. Je l'ai déjà dit, c'est qu'en partie les journalistes qui l'invitent ne veulent ententre que du "Nabe". Mais je crois aussi, paradoxe chez cet homme, qui a depuis son premier livre hurler à tue-tête qu'il était écrivain, écrivain, écrivain, qu'il n'est pas un écrivain (sic).

 

Son livre est une succession de scènes, de situations parfois maladroitement reliées d'un homme qui arrête d'écrire et semble découvrir tout un monde nouveau, contemporain avec ses représentations et ses supercheries. Le début de ma lecture  fut un peu laborieux car on eût dit un manuel : la modernité expliquée à mon fils ou la modernité pour les nuls, mais très vite l'intérêt presque sociologique, éthologique, parfois anthropologique prend le dessus. L'intérêt y est vif, très vif.

 

Ce livre a sans doute un titre extrêmement lucide "L'homme qui arrêta d'écrire" (bien qu'il continue). Ce titre me semble tout à fait lucide, car l'auteur, pour ce livre, fantasme d'arrêter d'écrire alors que dans  la vie, il  fantasmait sans doute qu'il eut vraiment écrit un jour ...

 En effet, il y a toujours un alibi derrière son écriture. C'est un moraliste Nabe. C'est un polémiste, un journaliste, un sociologue, un penseur peut-être, mais certainement pas un écrivain. Il est, lui qui l'apprécie tant, l'urinoir littéraire de Duchamp. Il n'y a pas d'œuvre chez lui, de projet littéraire, il n'y a que des idées. D'ailleurs, je lis avec gourmandise, avec entrain son livre tant il est intéressant dans son analyse de l'art contemporain, du monde moderne et de sa génération. Il m'explique le monde dans lequel je vis et c'est sans doute déjà beaucoup. Je ne découvre rien, il donne cependant des armes, des arguments sur des situations qu'on connait, qu'on a deviné, sur les tartufferies du siècle et contre lesquelles, en effet, on a pas toujours de pensée construite. Mais jamais une phrase ne m'éblouit, jamais un paragraphe me transporte, rien qui ne m'élèverait,  rien qui m'arracherait au monde. Je reste dans la chambre où je le lis. En revanche, je ris. Il y a beaucoup d'humour dans ce livre.

 

Avec Nabe, je ne disparais jamais, mais au moins je pense. 

 

nabe

Publié dans dégagement

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