Notes de voyage : Tanger - Plage, départ du Maroc (I)

Publié le par le petit homme

Le  samedi 11 août 2012, Tanger

 

Ne pas faire de ce jour le dernier. Tanger, je me lamente.

Ne pas faire de ce jour un jour de départ. Rien. Défier le temps qu'on fige en le niant naïvement. Vivre jusqu'à la dernière seconde comme si elle  ne précédait  aucune autre dont dépendrait un changement. Vivre un temps inoffensif.

 

Place du grand Socco - le 9 avril 1961

Idriss Ismaël

Le village de Moulay Idriss

 

Nous sommes allés à la plage sur la côte atlantique. Sur le parcours fait en taxi, nous apercevons de grandioses propriétés, celle du roi Adbdallah d'Arabie Saoudite, du prince du Koweit, la villa de l'ancien premier ministre espagnol Gonzales, le palais du maire de Tanger.

 

Hier  soir, à la nuit, sur la terrasse, j'ai lu à Pablo "L'armée du salut" d'Abdellah Taïa. Roman d'apprentissage dans lequel l'auteur déclame son amour pour son grand frère Abdelkebir. L'écriture est sèche et composée de phrases simples, lancinantes, obsessionelles et souvent erratiques jusqu'à l'ennui. Je n'ai pas été ébloui par ce roman. Il y a du bavardage. J'ai pensé que ce roman n'était encore qu'un atelier d'entrainement à l'écriture, cependant il y a une singularité peut-être moins dans le style que dans l'univers romanesque. Il y a quelque chose qu'on retient, une sorte d'attente. On ressent quelque chose qui n'est pas encore défini mais dont la lecture témoigne d'une naissance, d'une cosmogonie, mais encore mal dite, mal comprise. On est proche de la poésie mais sans encore l'attteindre.

 

Je me souviens des tanneurs de Fès

Les faux guides

L'odeur du musc et de la fleur d'oranger

Mohamed Choukri

Jean Genet

 

J'ai lu "Les vagues" de Virginia Woolf. J'ai été bouleversé. C'a été une des grandes lectures de ma vie, comparable à celles de Quignard, de Duras, de Genet, de Dostoïevsky, de Joyce. Ces grandes lectures qui vous mènent à la connaissance et qui vous éloigne de vous-même. C'est avant tout, avant le style même, avant les histoires, avant même la poésie, une aventure de lecture à proprement parler. Ai-je l'impression que ces grands livres sont des odyssées de l'acte de lire. Ce miracle qui se produit, miracle physique, de ne plus être là, "dispar'être" comme dit R. Camus. Expérience mystique contraire aux romans dont beaucoup ne sont que des divertissements.

Dans "Les Vagues", c'est un cheminement lapsaire, fragmenté.

 

 

J'ai pris conscience à quel point ni les photographies, ni les souvenirs ne pouvaient saisir, témoigner de ce que j'ai vécu ici. Écrire aussi est vain. L'écriture, cette grande traitesse, pour qui Tanger n'est davantage qu'un motif pour se répandre sur le papier qu'un exercice de saisisement de l'expérience vécue. Elle ne converse qu'avec elle-même. J'ai eu souvent envie d'écrire, mais je me retenais, car je savais quel était le projet de l'écriture, qui détourne plus qu'elle ne saisit, qu'elle égare plus qu'elle ne cerne, qu'elle perd plus qu'elle ne découvre.

 

 

Le café Hafa

Les rixes avan le ftour

Le serveur Réda, l'employé Soufiane, Souhail, Adil, Rachid

 

La plage est immense, cinquante kilomètres de plage et de sable. Ici, le ciel semble être un grand bijoutier qui travaille l'argent qu'il fait rouler par grandes nappes, par de grandes vagues d'argent fondu qui s'enroulent jusqu'à nous.

Des quads circulent à toute vitesse. Des français se rassemblent pour s'associer et tenter d'alerter ces jeunes sur le danger de cette ciruclation. Les français sont suffisants, paternalistes.

Je suis à la pointe occidentale de l'Afrique face à l'atlantique, cet espace de lumière argentées. Je hais ces français, ces rois de la règlementation qui ne peuvent souffrir l'idée du danger. L'insécurité au Maroc nous rappelle à la précarité de notre vie et cela me plaît.

 

" Je vois des oiseaux sauvages et des pulsions plus sauvages que les oiseaux sauvages sortent de mon coeur sauvage. J'ai le regard sauvage. "

                                                          Les Vagues, V. Woolf

 

 

Je voudrais dire au revoir aux mendiants qui m'étaient devenus familiers, les marchands et les chats.

 

Minfadlek

La choukran a la wajib

 

J'aimerais revoir le théâtre devant lequel nous passions chaque fois par hasard quand nous nous perdions. Revoir ce théâtre Cervantes, ce vieillard, dont on craint qu'il ne s'effondre au moindre coup de vent tant il est chétif.

 

Ana ouheboukki Tanger

Anta chourouk

Bessaha

 

À la librairie des colonnes, nous avons ouvert un Coran et j'ai lu à voix haute la sourate "Les vaches". En france j'avais lu "Les poètes" dont le Coran disait de se méfier. Je me souviens que j'avais considéré  cette sourate comme de l'obscurantisme. Pourtant, le Coran a sans doute raison se défier des poètes, ces sorciers. Ces djinns qui vous enchantent.

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