NPA et le voile. Lélève et la voix. La musique et le mot

Publié le par Le petit homme

Mercredi 3 février 2010, le soir

 

 

 

Aujourd’hui j’ai donné un cours de français à mon nouvel élève.  Sa voix est en souffrance.

Ânonnante, une voix où l’on sent que ce môme est sorti humilié par l’institution scolaire. Pour certains élèves en grande difficulté, l’école mal adaptée peut être un enfer personnel. Il va falloir que je lui transmette le gout du français en faisant oublier que le français est une matière scolaire. Non seulement il va falloir contourner ça, mais en même temps il faudra lui faire prendre conscience que le français est une langue et de surcroit sa langue maternelle dont il  a l’héritage. J’ai essayé de lui parler mais je crois que je parlais dans le vide bien qu’il me répondît toujours de manière positive. Mais ce oui qu’il me disait était très étrange. C’était un oui de conviction, d’adhésion, de partage. Très vite, je me suis rendu à l’évidence que le oui qui ponctuait beaucoup de mes discours était une stratégie qu’il avait du adopter depuis longtemps, sans doute parce qu’il ne comprenait rien, pour en finir au plus vite avec ces gens qui parlait de tout un tas de notions auxquelles il n’entendait rien, et à juste titre, par stratégie de communication, il a du constater qu’un bon oui, bien ferme, donnant l’impression à l’interlocuteur que non seulement il avait compris son message mais qu’en plus il y adhèrait absolument. De quoi sans doute tromper quelque vaniteux ou personne aimant s’entendre parler, mais rien qui puisse me convaincre. On ne me la fait pas ! Je suis un paranoïaque des stratégies de communication. Paranoïaque et surtout fin connaisseur, car la timidité excessive durant mon enfance et mon adolescence m’a été précieuse pour développer bien des méthodes pour comprendre l’autre autrement qu’en lui parlant. L’observation, le ruissellement de la voix et en elle la manière dont chaque lettre serpente le mot.

Son commentaire portait sur Edmond Rostant acte V, sc 5. 

 

CYRANO
"Mon coeur ne vous quitta jamais une seconde,
"Et je suis et serai jusque dans l'autre monde
"Celui qui vous aima sans mesure, celui..."
ROXANE, lui posant la main sur l'épaule
Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit.
Il tressaille, se retourne, la voit là tout près, fait un geste d'effroi, baisse la tête. Un long silence. Puis, dans l'ombre complètement venue, elle dit avec lenteur, joignant les mains
Et pendant quatorze ans, il a joué ce rôle
D'être le vieil ami qui vient pour être drôle !

Décidemment certain texte représente pour moi comme certaine musique qu’on entend ici où là et qui nous rappelle à tel souvenir ou à telle personne.

Je dois reconnaître que je suis bien moins sensible à la musique  qu’à la prosodie d’un mot. D’ailleurs j’ai une particularité, je n’écoute jamais de  musique. Bien qu’à contrario je chante souvent, mais ce sont des paroles  de variétés françaises. Je ne dis pas que je ne différencie pas une musique d’une autre, et bien que mon âme et mon corps n’y soient pas insensibles, mais la musique ne me fait jamais voyager, ou bien ne me bouleverse jamais, je ne dis pas que j’en reste de marbre, mais il manque quelque chose à la musique. Sans doute je parle d’une chose qu’au fond je ne connais guère... C’est le rythme je crois qui me traverse le plus. Oui, le rythme. Sans doute ceci explique que la musique classique reste la musique que j’écoute le plus.

 

*

 

Le NPA de Besancenot présente une candidate voilée dans le Vaucluse, militante active du parti, féministe, et même anti-capitaliste nous dit-on. La polémique commence à grossir. Les arguments sont minables. « on peut être une pute et être féministe », oui je sais comme on peut être témoin de Jéhovah et anticapitaliste …

 

soit deux chose l’une :

soit  il y a une incompréhension sur le NPA. Je croyais qu’en étant communiste révolutionnaire  on était athée. Même s’ils ne sont pas athée, cela me semble difficile qu’on puisse être musulman, agnostique à la rigueur… mais musulman, ben…quand même…quand on est communiste… ! non ? si ?, ah bon…

soit en effet, ils ne sont pas communistes et le point essentiel est d’être, comme ils l’ont d’ailleurs expliqué, ANTICAPITALISTE. Mais si c’est le seul critère, ça peut rassembler du monde !

 

Une partie de la gauche et d’extrême gauche après (ou il serait peut-être plus juste de dire – à partir de) l’échec de l’utopie communiste à l’est a reconsidéré son soutien à la classe ouvrière, d’autant plus que celle-ci s’est un peu noyé et ne s’apparente plus vraiment à une culture  particulière. La particularité du NPA et de ses militants, c’est d'être jeune, mais  djeun’s, une sorte d'état d'esprit. Ces gens de gauche ont substitué leur soutien à une nouvelle classe à leur yeux primordiale, en quelque sorte,  les nouveaux prolétaires que sont les minorités ( surtout le minoritaire oppressé). Et là ce n’est plus tout à fait la même chose qu’avec la classe ouvrière. C’est que la minorité bien qu’oppressée ne corresponde pas forcément aux principes d’égalité ou de liberté ou de justice sociale et elle n’aspire  pas à un changement radical du monde dans un souci d’égalité ou d'en faire des citoyens à l'esprit autonome et libre.  défendre les droits d'une minorité ne représentent pas forcément  un progrès pour l'intérêt général. Jadis, avec la classe ouvrière, on soutenait une cause, aujourd’hui avec le minoritaire, on soutient une victime. Pour les musulmans, il est difficile, je le crois personnellement, de les soutenir parce qu’ils sont musulmans. A par dire qu’on est pour la liberté de culte, on ne va pas aller très loin… mais je m’écarte un peu du sujet, seulement le NPA présente une candidate voilée, et qu’est-ce ça peut faire ?  L’aurait-il fait avec une juive ou une catholique ? non, pour la simple et bonne raison qu’il répond à l’exigence d’identité nationale voulue par notre ministre Besson et notre président Sarkozy. Le souci pour moi est bien là, il réponde à l’injonction de ce débat pourri même s’il le font de manière inverse et provocante en y présentant une femme qui porte le voile.

J’ai d’ailleurs réfléchi à ce qu’on nommait naguère les démocrate-chrétiens (qui cherchaient à promouvoir, au sein d’une société démocratique et pluraliste, une politique conforme au message de l’Évangile). Je me suis dit : tiens, voilà la naissance des démocrates-musulmans (message conforme au message du coran ?). Mais qu'il s'agissent de l'Évangile ou du Coran, le message est-il superposable au message communiste. Ou bien alors et c'est tout à fait possible, il va y avoir une nouvelle tendance : les communistes musulmans comme pour les chrétiens communistes d'amérique latine avec la théorie de la libération1 (voir la note en bas de page issu de wikipédia). Ce qu’ils ont sans doute voulu faire, c’était envoyer un signal fort. Je ne suis pas sur qu'on  reçoive ce signal tous de la même manière. Pour moi, ça confirme la position du NPA qui tend à soutenir le minoritaire à défaut de l’intérêt général, le minoritaire à la place du monde du travail. Je ne sais pas s’ils se rendent compte mais je connais des musulmans qui votaient pour Besancenot jusqu’au jour ils se sont rendu compte qu’il était troskiste, c’est-à-dire communiste et que c’était contraire à leur dogme religieux. C’est ce qui explique que beaucoup d’arabes soutiennent Besancenot, notamment grâce au soutien inconditionnel envers le peuple palestinien, quand bien même ce peuple abriterait les pires salauds, le fait d’être minoritaire par rapport à Israël (bien qu'Israël ait bien des raisons d'être condamnées)  fait de lui une victime à défendre, il est donc du côté de l’extrême gauche. Ainsi plus que des catégories  il s'agirait  surtout des espaces d'oppression que le NPA tenterait de défendre : La banlieue pour le pays, et la Palestine pour l'internationale.

Hormis l’aspect politique, je m’en moquerais bien royalement, mais ce qui me terrifie c’est l’idée que peu à peu des digues de pensées, bien que je sois lucide sur la déconfiture intellectuelle du monde dans lequel je vis, que je croyais étanches et qui, jour après jour, cèdent les unes derrière les autres.

 

*

 

Ce soir le ciel ressemblait à la mer comme si leur place eût été inversée. D’un bleu gris de ciel marin de mauvais temps qu’un trait rose pâle et grossier semblait soutenir.

 

 

 

 

 

1 théorie de la libération :

La théologie de la libération désigne un mouvement social, religieux et théologique, issu de l'Église catholique et en particulier des dominicains, des Franciscains et des Jésuites. Il est apparu en Amérique latine, à la fin des années 1950, lorsque des catholiques progressistes s'éloignent d'un catholicisme conservateur, au profit d'une voie dans laquelle l’action politique apparaît comme une exigence de l'engagement religieux dans la lutte contre la pauvreté. L'expression, inventée par l'évêque péruvien Gustavo Gutiérrez, a été lancée lors du congrès de Medellin de la CELAM, en 1968 [1].

Ce courant théologique; qui n'est pas sans rappeler, à certains égards, celui de l'Action catholique française pendant l'entre-deux-guerres [1], a ensuite été théorisé par Gutiérrez en 1972. Il a pu établir des ponts avec le marxisme, utilisé en tant qu'instrument d'analyse et d'observation de la société - bien que la plupart de ses tenants s'en soient par la suite distancés [1], prône la libération des peuples et entend ainsi renouer avec la tradition chrétienne de solidarité. Parmi ses représentants les plus célèbres, on compte les archevêques Hélder Câmara, Oscar Romero (assassiné au Salvador), ou encore le théologien Leonardo Boff. Dans les années 1980, la Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par le cardinal Ratzinger, a condamné un certain nombre de ses thèses.

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