Regina deuxième

Publié le par Le zôgraphe

 

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                 Le Roi arrive et la garde royale se poste à l'entrée.

 

Femme, que fais-tu dans la salle immense avec ce regard d'oiseau mourant sur sa branche ?

On dit que tu conspires contre moi.

Est-ce vrai ?

Ce matin, mon conseil m'a dit que des hommes ont été vus courant à cheval à travers le royaume et qu'ils sont venus jusqu'à toi.

Est-ce vrai ?

Des hommes de ton fils !

Qu'imagine -t-il encore celui-là sous mon ciel ?

Lui, qui refuse de se soumettre à l'autorité de son père roi !

 

                  Le Roi, à la fenêtre,  balaie du regard la ville.

 

Mais que vous faut-il donc de plus ! autrement que des temples que j'ai  construits pour toi ?

Que faut-il de plus pour le peuple autrement que  ces assemblées que j'ai créées  à votre demande ?

Pour partager mon pouvoir

Et devenues en moins d'une semaine  corrompues et ennuyeuses  !

 

Parle bon sang !

 

Veux-tu donc épouser cette triste alliance entre un fils et sa mère pour écarter le Roi ?

Pour liquider le père !

Crois-tu vivre heureuse parce qu'on me tuera !

Es-tu  folle  à vouloir renouer avec cette lignée imbécile de l'homme aux yeux crévés ?

Ne vois-tu pas la fatigue des pères de ce royaume ?

Tous ces bons pères de famille ne trouvent plus de place dans ce système que vous n'avez de cesse abîmé au nom de cette idée vulgaire de liberté.

 

                      Le Roi se retourne et fixe la Reine.

 

Ne t'en déplaise femme,

Les structures du royaume sont encore les nôtres.

Et nous autres, Hommes, nous n'avons sans doute pas ce mot de liberté à la bouche comme la bave des fous,

Mais nous avons l'honneur et la loi.

J'ai accédé à toutes vos demandes,

À la création de ces assemblées et comités,

Et il n'est pas dans ce royaume un lieu

Où nos enfants grandissent,

Sans que la parole et l'échange soient devenus le principe de leur élévation.

J'ai accepté ce bavardage. Je l'ai même érigé en loi.

 

                     Le Roi soupire. Il se déplace dans la salle en regardant le visage des hommes de sa garde.

 

Pourquoi ma vie se divise-t-elle en un combat égal :

Des guerres pour protéger les frontières de mon royaume

Et des guerres au sein de mon  royaume

pour supprimer les frontières 

Entre les êtres de mon propre royaume ?

Guerre menée par ce traitre de fils et ma propre reine !

Pourquoi un tel goût pour le chaos ?

 

 

                La Reine :

 

 

Je veux un monde qui en finisse ...

Je veux un monde après les rêves ...

 

 

                   Le Roi

 

Que dis-tu femme ? Perds-tu la tête ?

Voudrais-tu un monde sans rêve ni oracle et sans leur étude  qui régissent nos vies ?

 

La Reine fixe le Roi. Dans ses yeux la haine. Elle crie.

 

Les oracles ne prédisent que l'avenir passé !

Cette science des rêves est votre science :

Elle est la science des hommes.

Voilà pourquoi je la combats aujourd'hui !

 

 

                    Le Roi

 

L'avenir passé ... mais quelle est donc cette conjugaison que tu inventes ?

 

Le Roi en colère se précipite près de la Reine dont il chasse le chat  à ses côtés.

 

Ô par tous les dieux ! Nous en sommes là...

Bouleversé l'avenir ne te suffit plus

Il te faut aussi mener la guerre contre le pays des éloignés

Et maintenant il te faut attaquer le destin !

Crois-tu Reine des enfers

Quand tu embrasses mes pieds

Que soient seulement les miens que tu étreins ?

Ils sont ceux de nos ancêtres,

Ces tombes qu'aujourd'hui tu pilles...

 

 

                     La Reine

 

... Ne vois tu pas que tu as constitué un royaume pour les tiens

Et qu'au travers des tiens

C'est votre image qui fonde le royaume ?

Et que chaque parole qui sort de vos lèvres est plus violente encore que les vents de la mer

Et que toutes les tempêtes du royaume réunies

Sont plus douces encore  sur le sort populaire

Qu'un mot seul qui sort de vos lèvres.

 

                   La Reine prend en ses bras le chat qui avait été chassé par le Roi.

 

C'est toi, Roi, qui as élevé au rang de science

Celle qui domine le royaume.

J'ai ouvert les yeux

Et qu'après mille séances de ton meilleur oracle du royaume

J'ai compris que cet homme

À la science criminelle

Bâtissait dans la tête de nos sujets

Un vaste imaginaire,

Un autre  royaume

Bien plus grand et plus fort que le tien.

Et dont le but  est la foi en soi-même

Et que partout dans les rues,

Chacun se croit poète, chanteur ou athlète.

Ainsi, chacun finissant par se convaincre

Ce que cette science à chaque heure leur assène ;

À se croire unique, ils sont devenus banals,

Et de malades ils sont passés à imbéciles.

Voilà ce qu'est devenu ton peuple.

 

Cette science a projeté une nouvelle lumière

Sur la vie des hommes.

Mais elle est devenue au fil du temps

L'astre  total qui fascine les gens.

Et d'une cure le pauvre homme

Où il interroge l'autre en lui-même

finit par s'y perdre

En succombant à lui-même.

Et chasse pour toujours

Sa capacité à l'amour.

Le but de toute cure

Est d'être curé

Car cette science humaine tourne sur elle-même,

D'esseulé il devient rassasié

L'homme en croyant créer, croît les cadres de cette science-armée.

Cette science est le désenchantement enchanté de son impuissance

Et face au monde il n'y a plus d'étonnés

Publié dans Écriture

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