Royal et Mélenchon : deux Républicains

Publié le par Le zôgraphe

 

 

 


 

 

 

 

Ces deux-là ont une même énergie qui mêle l'audace et le coup de poing.

Le fracas est le mot qui nous vient quand les deux apparaissent. Fracas, agiter ce qui est brisé.

Ils ont chacun un parcours de rupture. Deux affranchis. Si l'un a rompu avec la social-démocratie d'un PS ruiné dans son âme et dans ce qu'il symbolise, l'autre  a rompu de l'intérieur avec les éléphants (sic); elle incarne le renouveau vis-à-vis d'un parti  devenu ce grand vide politique ; devenu semblable au PCF, coquille vide portée par les simples vagues de l'histoire. 

 

Tous les deux ont un point commun : la République. Non pas cette république mot-balise décliné uniquement dans son adjectif républicain, non ! ils sont la République. Et la République n'est pas un régime tranquille ; elle est autoritaire. Autoritaire quant à l'application de ses principes qu'elle juge inaliénable. La République un jour de 1789 épousa le monde et le monde  est en retard sur elle.

Autorité, disais-je, "auctoritas" en latin dérivé de "auctor", "fondateur", "instigateur", "conseiller", mais aussi "auteur", responsable d'une œuvre. L'autorité du maître dont on parlait autrefois n'est pas la nostalgie d'un maître régisseur d'esclaves, mais au contraire le maitre était le symbole de valeurs, garant de la justice, de l'égalité. Il était celui qui savait et  son devoir était de transmettre l'œuvre d'une histoire qui ne lui appartenait pas, mais dont il n'était que pour un temps le représentant, le passeur. Vous, étudiants, qui obtenez un master n'êtes-vous rien de moins arrivés au rang de maître de votre spécialité ? Maître de soi-même, maîtrise de son destin par la connaissance, échapper au déterminisme, sortir de ses archaïsmes sont les missions philosophiques de la République. Un instrument : l'école. Un esprit : l'intérêt général ; le service public.

 

Royal et Mélenchon, chacun à leur manière, incarnent cette autorité, chacun à leur manière, incarnent des nouveaux fondateurs, des instigateurs là où les autres incarnent la tradition. La gauche est conservatrice, mais ces deux-là ne le sont pas. C'est la raison pour laquelle tant de résistances se lèvent sur leur chemin.

L'extrême gauche ne veut pas le pouvoir, elle souhaite la révolution. La République c'est au contraire la légitimation d'un pouvoir contracté par un groupe de citoyens. Elle ne devient révolutionnaire qu'à l'ombre d'une histoire où l'obscurantisme envahit les esprits. Souvenez-vous d'un des slogans de la présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkosy : "La france d'après". Qu'est-ce à dire ? La  France d'après, c'est la France après la France, c'est donc la fin de la République.

Ce jour est de nouveau arrivé.

La République reprend le maquis, rejoint les forêts et les esprits consternés et solitaires. Elle repart dans les murmures des parois d'usines. Elle rejoint le lieu d'où elle naquit : de la profondeur des esprits éclairés dans un monde assombri. Jour après jour, ses fondements sont contestés, détournés, lapidés - son histoire humiliée. La France rétrécit, cadavre qui se replit sur lui-même et que tout le monde piétine, ennemis d'hier jamais remis de leur défaites et les ennemis d'aujourd'hui, puissances de l'argent.

 

Voilà pourquoi une violence sourd de ces deux personnalités ; ils rendent coup pour coup aux blessures qu'on inflige à notre République. La République est de leur côté, mais pour combien de temps, combien de jours encore ? Pour l'instant, ils sont les seuls qui ont capté ce quelque chose qui se dérobe sous nos yeux.

 

La République est morte aujourd'hui.

La République nous a quitté. Elle est à la puerta del sol en compagnie des Indignés. Elle est dans l'ombre des Révolutions arabes. Elle est dans les livres et dans la langue française. Son drapeau est le bleu et le rouge et son visage est celle d'une femme. Elle est une humilité qui fait le tour du monde : l'humilité de penser que les êtres humains sont égaux. 

Aujourd'hui cette femme est en colère.

Elle est la Terre.

La Terre est en lutte et nous nous regardons mourir.

 

 

  Le Zôgraphe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans dégagement

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