L'analyse littéraire. Les enjeux narcissiques

Publié le par Le petit homme

Samedi 6 mars

 


 Nouveau cours de français.  J’étais légèrement anxieux à cause de la conversation téléphonique durant laquelle le père de l’élève semblait très sourcilleux quant au déroulement et au contenu des cours. Le père est agréable, de type anglais, poli, avenant. L’élève, Cluzel, est agréable, coopératif, curieux. Il est noir, très grand, assez séduisant. Sans doute le plus beau de mes élèves jusqu’à maintenant. Élève plutôt cultivé, à l’aise à l’oral. Ses principales difficultés tiennent à deux choses. La première est cette tendance, sans doute psychologique, à s’écouter un peu trop, à être trop confiant. Il est un peu délirant dans ses analyses littéraires à cause d’une absence totale de méthode. Pour pouvoir accéder à l'essence du texte, à sa compréhension il faut avant tout le travailler, le décortiquer, l’analyser et surtout dérouler le sens. C’est un travail de ciselage qu’il faut mener et non comme le fait l’élève Cluzel,  le paraphraser tout en y mettant sa touche personnelle. Le résultat est naturellement catastrophique. Car non seulement on comprend très vite qu’il n’a rien compris mais qu’en plus se dégage une certaine insolence à vouloir un peu  réécrire le texte.  Quand on travaille sans méthode, on est tenté par les plus libres interprétations qui finissent par être folles tant on applique au texte sa propre émotion.


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J’ai déjeuné avec Avril. Je ne l’avais revue depuis trois mois. Elle est épuisée. Elle est acculée à un travail  épuisant dans la rédaction d'un manuel scolaire. Le moment fut pourtant doux. Nous nous retrouvions comme si nous nous étions quittés la veille. Ma relation avec Avril se dégourdit, nous sommes moins pudiques ; nous nous confions l’un à l’autre beaucoup plus qu’auparavant.  Nous sommes allés aux marchés aux fleurs où elle a acheté renoncules et cyclamens. Le soleil était radieux et le froid glacial. Sur la place de la mairie, des drapeaux rouges de luttes ouvrières flottaient au vent froid de l’est (Est-ce un bon signe ?). Le MODEM était aussi présent. La campagne électorale qui semblait si timide commence-t-elle un peu à se réveiller à une semaine du premier tour.

 

 

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Je téléphone à Harry pour lui faire part de ma satisfaction la plus totale au regard des deux articles qu’il a écrits avec brio.

Il m’a retéléphoné le soir pour me remercier des compliments, qui selon lui, compte beaucoup.


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Le soir JR et moi regardons le film Walkyrie avec Tom Cruise. Ce film nous a plu. Nous avons pu nous rappeler une nuance importante à cette période du nazisme. La tentative d’assassinat contre Adolf Hitler.  Ce que je n’arrive pas à bien comprendre ce sont les réelles motivations des "terroristes": constatait-il que le nazisme était une folie qui allait amener l’Allemagne à sa perte ou bien était-ce par opportunisme, voyant que les forces hitleriennes étaient en grande difficulté dans le combat face aux forces alliées, voulaient-ils, alors,  supprimer le Fürer  pour signer un armistice le plus rapidement possible et faire  le moins de dégât possible à l’Allemagne ? ou bien les deux ?  réalisme et opportunisme ? Il semblerait, après quelques recherches, que le colonel Claus von Stauffenberg (celui qui tente de tuer Hitler en posant une bombe) est un des exemples d'une partie de l' armée allemande qui ne s'était pas entièrement soumis à l'idéologie nazie.

 

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Au dîner, échauffé par l’alcool, nous n’avons pas pu éviter le sujet qui fâche, celui de son départ du site politique. Il me reproche l’entière responsabilité et considère que je l’accuse et le charge à tort. La vérité est bien plus complexe je crois.  Il est de ses caractères tyranniques qui se manifestent par une suractivité et un désir de vouloir tout diriger car rien naturellement ne va assez vite, assez loin, assez profondément dans les choses. Je ne dis pas que la raison première est de vouloir tout diriger, mais que c’est une conséquence d’un excès d’exigence vis-à-vis des autres car il est tout aussi tyrannique envers lui-même. Ce caractère est incompatible avec le mien, plus réservé, plus timide, moins confiant, indépendant voire entêté. Je ne souffre guère la tyrannie même quand elle m’amène à faire mieux les choses. C’est rédhibitoire chez moi.  Enfin, nous comprenons que nous sommes les meilleurs amis du monde mais les pires ennemis quand nous travaillons ensemble.


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Tahar me téléphone. La tristesse s’entend  dans sa voix. Il est encore en bisbille avec sa petite-amie marocaine. Tahar est très orgueilleux et lui aussi ne souffre guère qu’on le conteste en public. Je suis hélas un peu comme cela aussi. Je le comprends donc très bien ...

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