Je me souviens de toi
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Je me souviens de toi. Cette ville était faite à la taille de notre amour. Tu étais fait à la taille de mon corps même. Qui es-tu ? Tu me tues. J 'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir. Depuis toujours. Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus. Je t'attendais dans une impatience sans bornes, calme. Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir. Nous allons rester seuls, mon amour. La nuit ne va pas finir. Le jour ne se lèvera plus sur personne. Jamais. Jamais plus. Enfin. Tu me tues. Tu me fais du bien. Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté. Nous n'aurons plus rien d'autre à faire, plus rien que pleurer le jour défunt. Du temps passera. Du temps seulement. Et du temps va venir. Du temps viendra. Où nous ne serons plus du tout nommer ce qui nous unira. Le nom s'en effacera peu à peu de notre mémoire. Puis il disparaîtra tout à fait.
Marguerite Duras, Hiroshima mon amour |