La gauche et l'espoir. La nature, une relicte.
Samedi 13 février, midi
Hier acculé par les problèmes d'argent, la fatigue des jours, j'étais accablé. J'ai reçu la visite de Maximilien qui trouvait drôle ma djellaba recouverte d'un gilet de laine et ma taille enroulé d'un plaid affreux, blanc à pois rouge. Nous bûmes un café et nous parlâmes politique. Avec Maximilien, j'ai trouvé en lui un être avec qui je partage l'analyse que je fais de la gauche. La gauche est aujourd'hui conservatrice, c'est-à-dire que les structures, les appareils politiques sont archaïques, repliés sur eux-mêmes, n'ayant plus qu'un seul objectif qui est de conserver son patrimoine électoral, d'élus, d'influence. Une partie de la gauche s'est emmurée dans une notabilisation souvent locale, et je ne parle que de la forme en quelque sorte. Sur le fond, la gauche s'est fourvoyée par la social-démocratie, en étant allée tellement loin dans le compromis avec le capitalisme qu'elle ne réussit plus à trouver une solution alternative au libéralisme qu'on voit partout du village français à l'international, ravageur. Et cette absence d'alternative a eu pour conséquence, comme le parti socialiste, de transformer des partis déconnectés de la réalité, déconnectés des attentes des classes que la gauche est censée défendre. Les conservateurs de gauche, ce sont eux qui, au parti socialiste, ont tout fait, jusqu'à la tricherie, pour battre Ségolène Royal. On m'opposera qu'elle est pourtant une social-démocrate. Il est vrai à cette différence près, qu'elle incarne justement, même si je n'en partage pas les idées ni les analyses, un renouvellement de la social-démocratie. C'est-à-dire qu'elle brise des tabous, elle fait voler en éclats les postures socialistes. Quant au Parti communiste, inhérent à sa culture, son appareil est sans doute de loin le plus vermoulu, le plus conservateur, le plus archaïque. Et l'extrême gauche j'en ai déjà parlé un peu, elle préfère une sorte de confort idéologique, c'est-à-dire la pureté des idées à une alliance avec le reste de la gauche pour faire reculer les capitalistes.
Cependant, l'espoir demeure. Le NPA de Besancenot a voté l'hiver dernier une motion pour savoir quelle stratégie il adopterait pour les élections régionales de 2010. Et bien un tiers des militants ont soutenu l'idée du Front de gauche. Et quant au front de gauche lui-même, même s'il est souvent parasité par les conservateurs communistes étant guidé toujours par le même objectif qu'est celui de phagocyter toute tentative de rassemblement de la gauche, présente un espoir, un désir réel, et celui-ci transversal à tous les partis de la gauche, d'un rassemblement nécessaire, utile, primordial.
Donc, la gauche est en train de se recomposer mais elle se recompose dans le même temps qu'elle se décompose. C'est une sorte de mue à laquelle on assiste. Et forcément, l'avenir de tous ça est bien trouble.
Ces derniers-jours je regardais la chaîne parlementaire et assistais au vote des amendements sur la loi loppsi 2 (loi d'Orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) pour renforcer la sécurité. J'étais vraiment abasourdi par les propositions. Des entreprises privées pour assurer leur sécurité avaient déjà la possibilité de mettre des caméras de surveillance aux abords de leur propriété. Le gouvernement leur donne dorénavant la possibilité, dans le projet de loi, de filmer la rue entière. Franchement, l'idée d'un monde où partout où je circulerai je serai surveillé pour ma sécurité me terrifie beaucoup plus que cela ne me rassure. Déjà, plus généralement, j'éprouve un tel sentiment d'étouffement à connaître de moins en moins de lieu où la présence humaine, soit absente je ne parle pas de ses ravages partout où elle s'installe, mais j'évoque ici de simples lieux, des forêts, des bois, des chemins entre les prairies, des routes usées, peu entretenues car personne ne les emprunte, bref je pense à des lieux, comme ceux de mon enfance, où l'on pouvait faire dix kilomètres sans croiser un être humain, quel soulagement ! Non maintenant, même dans les endroits les plus improbables, des pavillons poussent, sortent de terre comme si les démons de l'urbanisation venaient de l'enfer. Je trouve cela terrible la disparation du lien direct, de l'homme à la nature. Je ne suis pas un nostalgique de la campagne, mais je trouve effrayant l'idée d'un monde où elle n'existerait plus. La campagne c'est aussi la sauvagerie humaine. Le rapport du corps face à la force de la nature. Son silence me manque. Seul, je me recueille parfois dans les chemins entre les arbres, j'écoute le bruissement, parfois effrayant du vent, des pas des animaux qu'on ne voit pas. La voix de la nature, certain ne la connaisse même plus. Cette voix où se mêlent les milliers de bruits que font les insectes, le vent qui frappe les herbes, qui casse les branches mortes, ce vent qui attise, qui effraie, qui prévient, qui fait japper les chiens. Cette voix où tout un univers en lui-même serpente, se faufile.
Avec Maximilien nous avons surtout évoqué le NPA. En effet, l'affaire de la jeune femme voilée, candidate dans le Vaucluse, nous interpelle sur deux choses. D'abord, la transformation de la LCR en NPA, est en ce sens un succès car cela a incontestablement permis de convaincre et de toucher d'autres populations que les habituels troskistes. Et subséquemment cela a permis de toucher une population qui jusqu'à maintenant restait hermétique aux organisations politiques. Bien évidemment, il s'agit des jeunes de banlieues. Autrement dit, le NPA tente-t-il comme feu le PCF, de créer une sorte de nouvelle banlieue rouge. Une des difficultés c'est le lien de la religion, Islam souvent, dans l'espace démocratique et républicain. L'islam n'a aucune tradition de sécularisation et sans doute que le choc est inévitable, particulièrement en France où la laïcité est un des fondements de la République là où d'autres pays préfèrent conserver une sorte de flou constitutionnel sur ses liens à la religion. L'Islam en France est dans une position inédite. Je crois pouvoir dire que les musulmans de France seront dans les vingt ans qui viennent les mieux intégrés dans une europe occidentale à dominante chrétienne. Et cela parce que le compromis républicain l'aura permis. D'autre part, l'Islam éloignée de ses terres d'origine prendra conscience elle aussi non seulement de sa diversité culturelle mais aussi prenant en compte qu'on peut être arabe sans être musulman ce qui est de loin culturellement bien vu, en France par ailleurs. Les arabes ont un passé de conquérant tout aussi bien que les européens. Dès lors, les deux se regardent en chien de faïence. On l'a vu en France avec la volonté de députés Français de vouloir faire une loi reconnaissant les aspects positifs de la colonisation, tandis qu'aujourd'hui, les algériens sont en train d'en penser une sur ses effets inverses.
Tout ses changements sont à suivre avec grand intérêt.
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Hier soir, j'ai dîné avec mon ami Lionel. Cela fait sept ans que nous nous côtoyons et je dois dire que cette amitié improbable entre un homme de 29 ans et de 65 ans est des plus réjouissantes. Au fil du temps, une relation quasi filiale s'est créée. Nous sommes rarement une journée s'en se téléphoner, des heures durant comme si les sept kilomètres qui nous séparent représentaient tout un continent tant nous avons chaque fois de choses à dire. Les rencontres régulières se font chaque fois dans un bain de rires et de plaisanteries, comme il est doux d'avoir ce genre de relations.
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Cette nuit, les cauchemars m'ont encore rendu visite. Plus que des cauchemars se sont surtout des angoisses nocturnes ; des rêves de séparations, de fuite, où je suis toujours quelque soit la situation en train d'échapper à des gens ou des choses qui me poursuivent. Chaque nuit est un combat.
Je me souviens d'un des rêves de cette nuit.
On était dans une salle des fêtes. J'étais redevenu ami avec Ben, un ami de lycée. À un moment donné, il était dans une chambre, au téléphone je crois, et il était très énervé contre moi parce qu'il me reprochait d'être bruyant. Puis nous sommes revenus dans cette grande salle où dominait une estrade sur laquelle tous les garçons étaient appelés à venir. Une rangée de table où figurait derrière elle des gens assis, comme un jury. Il s'agissait d'élire un des garçons. Je ne sais pas sur quel critère le vote reposait. Très vite j'ai poussé un énorme soupir et ai-je dit : je veux faire partie du public. Ce qui était étonnant c'est que je ne voulais aucunement participer à cette élection qui m'angoissait, à laquelle par principe je ne voulais pas assister. J'ai quitté l'estrade sous le regard d'un jury malveillant comme si mon attitude eût confirmé chez eux une conviction qu'ils eurent déjà de moi. Je suis allé au fond de la salle où une autre amie fit une apparition. J'étais dos au mur (expression à analyser !) et je lui dis :
- Tu me trouves paranoïaque ? Cette amie met un certain temps à répondre, fait la moue, mais elle me répond enfin de manière convaincue d'un non où le son de la première lettre dure plus longtemps que le son entier du mot. Ce qui m'amène à lui répondre :
-T'as pas l'air convaincu.
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La chatte Arwen réalise parfaitement son rôle de médiatrice. Couchéeà mes côtés, dès que je me réveille par l'effet angoissant d'un cauchemar, elle dirige sa tête vers moi, et je la caresse. Cela me soulage car, le fait qu'elle soit un être vivant, cela brise mon face à face avec la nuit. Hélas, ces derniers temps, elle préférait dormir sur le fauteuil du salon. J'étais alors obligé de me lever pour aller la voir, pour étancher ma peur si j'ose dire. La chatte Arwen est la capteuse de mauvais rêves.
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La chatte Arwen réalise parfaitement son rôle de médiatrice. Couchéeà mes côtés, dès que je me réveille par l'effet angoissant d'un cauchemar, elle dirige sa tête vers moi, et je la caresse. Cela me soulage car, le fait qu'elle soit un être vivant, cela brise mon face à face avec la nuit. Hélas, ces derniers temps, elle préférait dormir sur le fauteuil du salon. J'étais alors obligé de me lever pour aller la voir, pour étancher ma peur si j'ose dire. La chatte Arwen est la capteuse de mauvais rêves.
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