Triste d'un jour

Publié le par Le petit homme

 

Jeudi 11 février


La famille est cet endroit où plus jamais vous ne pouvez revenir qu'avec  un sentiment coupable d'expulsion.

Très tôt j'ai quitté ma famille, vers quatorze ans. Je suis allé vivre chez ma grand-mère. Cela s'est fait peu à peu, insidieusement. Très vite, je n'ai eu plus de chambre, réaménagée pour un de mes frères. Très vite, je n'ai eu plus de place. Bien sûr je continuais à les voir, en apparence j'étais toujours leur enfant. C'est moi qui me suis éloigné. j'ai fui les cris, les querelles familiales, l'horreur de la famille, le sexe, les adultères, la manque d'argent qui mène les familles dans l'abîme sociale, morale. La débâcle. Jour après jour, tout le monde est endetté vis-à-vis des uns et des autres. L'échange ne devient que ce vulgaire pouvoir de culpabilisation auquel personne n'échappe.

Il est des jours où rien ne peut recouvrir la mélancolie qui envahit tout mon être. D'en être jusqu'à ne plus supporter la direction de ma propre vie. Esseulé, navigant à vue vers un horizon mal défini, abandonné, mal tracé.

*

Me réfugiant ce soir chez Tahar, j'ai pu trouver un peu de repos à mes tourments. Il m'a pris dans ses bras, nous nous sommes câlinés. Nous avons ri. À la fin du repas, il est venu avec un cadeau. Il m'a offert une chemise rose et blanche. Il est là à mes côtés, sur son grand canapé blanc enveloppé de sa djellaba gris-bleu, au col brillant, ses pieds nus sur mes cuisses. Je le trouve si beau, mignon.
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