La pluie d'été, Marguerite Duras.
La pluie d'été Marguerite duras
C’est l’histoire d’une famille pauvre d’immigrés dont on ne sait pas grand chose. Il y a une précarité des noms, des âges, des origines. C’est l’histoire d’Ernesto et de sa famille et des sept enfants, nommés par le générique brothers and sister. Ernesto a une sœur, Jeanne. Entre eux, l’amour. L’histoire se passe à Vitry. La famille lit des livres trouvés dans les poubelles, principalement des biographies. Un jour, dans une cave, les enfants trouvent un livre troué. Ernesto est initié par ce livre. La découverte de ce livre va bouleverser la vie de la famille. Ernesto ira à l’école et refusera d’y retourner. La pluie d’été c’est l’histoire de la lecture d'Ernesto.
La pluie d’été est un livre-monstre. C’est le livre du mythe personnel de Marguerite Duras.
Structure
1 origine de la famille, lecture de biographies. La famille trouvait des biographies dans les poubelles. Parfois, elle volait ces livres. Tous lisaient des livres perdus dans le temps perdu de la vie. L’attente était ce qui remplissait la vacuité de l’existence.
2 L’arrivée du livre troué, brûlé : basculement de l’histoire : élément perturbateur. Ce livre raconte l’histoire d’un roi, roi de Jérusalem. Ce livre est trouvé dans une cave, comme des rouleaux sacrés assoupis dans le temps des Hommes. Le centre de ce livre est troué. Ce livre sera déchiffré par Ernesto. Il apprendra à lire avec ce livre.
Le personnage, Ernesto, médite au pied d’un arbre entouré de grillage. Au pied d’un arbre frappé de solitude. Un jardin. Un morceau d’Eden là où Ernesto ne parle pas. Il est plongé dans le silence. Le jardin est entouré de barbelé. Le jardin c’est la connaissance. Au-delà des barbelés, c’est la mort. Les camps de la mort.
3 Ernesto va à l’école et décide de ne plus y aller pour la raison suivante : on m’apprend des choses que je sais pas. Rencontre avec l’instituteur. Cette justification va bouleverser l’histoire de la famille.
4 P41 portrait des brothers and sisters. Relation avec les grands. Les petits sont dans l’épouvante face aux grands. Ils sont apeurés à l’idée d’être abandonnés. Épouvanter c’est ressentir la solitude de l’errance, de l’épave. Cette famille a échoué à Vitry.
5 Portrait de la mère. La mère, c’est l’immensité d’une œuvre de la perte, du trou par lequel plus jamais on ne peut retrouver la vie d’avant la vie. (P44)
6 Souvenir de la mère : son amour. L’amour, c’est la traduction d’une attente générale, qui n’est pas appelé à être comblé. Il est infidèle par nature, car personne ne peut substituer cette attente. (P49)
Portrait du couple des parents, l’alcool. Les beuveries à travers la ville dès qu’ils recevaient les allocations. La mère était d’origine ukrainienne, venue en Pologne. Puis un homme français l’a amenée à paris. Puis elle a rencontré Emilio, italien, venu en France, maçon, avec lequel ils vont faire les sept enfants. Le père est défaillant. Il est une sorte de grand enfant. Il aime la mère de manière inconsidérée. La mère a un nom Hanka Lissovskïa. Elle est nommée : la mère. (P50,51 ; P57)
7 À partir de la P 53, lecture du livre brulé. Le cantique des cantiques ? Ernesto identification avec le roi Salomon.
Les parents vont parler à l’instituteur de la décision d’Ernesto de quitter l’école. (P60)
Portrait du père(P67). Le père n’a rien d’un père. Il est effacé. Il est comme un enfant face à sa femme, la mère. Il fait rire ses enfants, il est un adulte-passage duquel s’amusent les enfants à le voir ne rien comprendre de la vie de la mère, d’être comme eux face au mystère de cette mère écrasante. L’amour du père pour la mère est comme incestueux. Un amour contemplatif duquel il ne peut se départir, s’en séparer. Il est sans statut, dépossédé, sans référant. Il est l’absence du père. Il est homme qui voit sa femme à travers un regard d’enfant. Il fait rire ses enfants car sa place est incongrue, inexacte, en retrait, inexistante, effacée.
8 Les enfants et l’abandon P71,72,74,75= succession de portraits, enfants /père/mère. Le lien de la peur les unissant autour de l’abandon P76 -84 les parents amènent Ernesto face à l’instituteur. La conversation tourne autour de l’inexistence de Dieu ». Le monde est raté, car la vie est le résultat d’une erreur. Vivre est errer. Cette erreur de l’existence est frappé par le manque. Une empreinte de Dieu. L’amour est donc cette attente générale de Dieu. L’amour est donc absence.
9 P84~P87 dialogue. Le père et jeanne. Elle ne va plus à l’école. La débâcle. Le départ d’Ernesto évoqué et la douleur d’en parler. La débâcle est le terme employé par le père. Jeanne et Ernesto ne vont plus à l’école. Le père en est brisé. La débâcle c’est ce monde fermé à Dieu. Toute tentative, que peut être l’école, échoue. Le monde est à ses abords comme détruit, c’est ce qui ruine le père, son espérance sans doute. Mais le monde détruit est la révélation d’un monde balbutiant qui ré-invente toujours le début, les origines.
10 P88 L’amour de Jeanne et d’Ernesto crée le désordre. Le nom de la mère à vingt ans est prononcé par le père : Hanka lissovskaïa.
11 P90~94 dialogue entre Ernesto et la mère. Relation enfant-parent ; Ernesto étudie la chimie
12 P94~ 98 Dialogue du père et de la mère. Inquiétude à propos d’Ernesto qui est au bord du savoir, qui fait sens, aux frontières de la connaissance. Peur de jeanne, de sa mort si Ernesto partait. Les parents sont dans l’expectative de ce qu’ils ont créé, mais ils sont dans l’effroi face à Ernesto.
P98 Ernesto et Jeanne. Ernesto pourra partir en Amérique Latine enseigner les mathématiques.
P101~104 : Ernesto et l’instituteur. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture. L’amour de jeanne. P104 Ernesto évoque l’amour qu’il éprouve pour sa sœur.
La destruction de l’autoroute. Dans le lieu où vivent la famille, une vieille autoroute abandonnée longe leur maison. C’est une frontière, entre la famille et le monde. Entre le monde perdu et la vie.
13 L’arrivée du journaliste. La France entière a entendu parler de la phrase d'Ernesto "qu'il refuse d'apprendre des choses qu'il ne sait pas". Le journaliste représente une sorte d'effet de réalité, d'un étonnement face à l'histoire et au parcours incroyables d'Ernesto.
P118 « L’été avait été abordé d’un seul coup, brutal. Dès le réveil il a été là, immobile, triste. Le ciel est d’un mauvais bleu, la chaleur déjà accablante. »
14 P139 :
« Le journaliste : les limites de la science reculent bien chaque jour, on le dit du moins …
Ernesto : Non. C’est fixe.
Le journaliste : Dieu serait donc le problème majeur de l’humanité ?
Ernesto : Oui. La seule pensée de l’humanité, c’est ce manque à penser là, Dieu. »
La mère chante le chant de la Neva, chant de l’exil. Chant tzigane, juif. Le chant du fleuve. Elle chante le fleuve. Le livre est musical.
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La maison se compose d’un lieu, une sorte de dortoir, construit par la municipalité à cause du grand nombre d’enfants de la famille. Symbole presque fœtal de cet appentis où dorment les sisters and brothers, où ils se réfugient, où ils pleurent le départ de leur parents. C’est le lieu du manque, de la perte. De l’expulsion.
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En filigrane, l’amour incestueux de jeanne et d’Ernesto :
Jeanne et Ernesto : L’amour incestueux « ils étaient restés ainsi, silencieux et les yeux baissés, cachés à eux-mêmes comme les amants de la nuit récente. » / « une connaissance silencieuse les avait envahis.
P53 « Il n’avait pas nommé cette nouveauté qui les avait anéantis et privés de parole. »
P77 Intervention de la narratrice, sous le charme aussi de son propre récit : "Ah la douceur d’Ernesto..."
P86 "Le père ne bouge pas. Il regarde sa fille, ne regarde que ça. Dans ce visage qu’il connaissait, maintenant il y a un éclat inconnu, insoutenable, des yeux vers le frère ".
P88 L’amour de la sœur et du frère crée un trouble. C’est une histoire d’amour. L’amour absolu comme re-créateur de l’univers. C’est un amour hiérogame.
La mère, Jeanne et Ernesto sont une sorte de trio symbolique. « Ainsi la mère était-elle aveugle sur elle-même : elle ne voyait pas qu’elle avait été faite à l’image de ses deux enfants-là » P31.
C’est l’amour, l’amour incestueux. Amour lui aussi « christique » donc marginale. La putain, l’incestueuse. Celle sur qui on a envie de jeter la pierre. Jeanne est la femme qu'on lapide aujourd’hui au nom de dieu. L’amour est le chemin de toute révolte, contre l’institution religieuse en place, contre l’institution politique. L'amour est un archaïsme. L'amour est une connaissance, une reconnaisance un tentative de revenir au printemps, au temps premier des jours. "Yada" en hébreux veut dire "connaître, savoir", c'est aussi un euphémisme signifiant avoir des relations sexuelles.
Femme bûcher. Sorcière éveillée aux connaissances secrètes des forêts. Femme bûcher.
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Au fil du texte
"Ernesto : d’aller à l’école. (temps). Ça ne sert à rien. (temps). Les enfants à l’école, ils sont abandonnés. La mère elle met les enfants à l’école pour qu’ils apprennent qu’ils sont abandonnés. Comme ça elle en est débarrassée pour le reste de sa vie."
P12" de même qu’il ne savait pas lire, de même Ernesto ne savait pas son âge".
P13 À l’arrivée du livre brûlé, troué « Ernesto était entré dans une phase de silence ». L'enfance. Infans. Sans langage
P14 « Le jardin c’était ça, cet arbre ». / « Cet arbre était sans âge, indifférent aux saisons, aux latitudes, dans une solitude sans recours.
P16 « Ainsi avait-il compris que la lecture c’était une espèce de déroulement continu dans son propre corps d’un histoire par soi inventée. »
Jeanne est une incendiaire, une pyromane. « Les brothers et sister avaient été émerveillés et intimidés à l’idée qu’il y eut dans leur sœur adorée une attirance aussi forte pour une chose telle que le feu. » Le désir, le bucher. L’interdit, atteindre la connaissance. Connaître l’exil. Le jardin d’où l’on est chassé.
P34_35_36_37 : discours de Ernesto : le vent. Ce n’est pas la peine. C’est une référence au Qohelet.
Humour du père P41_41 « En tout cas, il faut y aller : du moment qu’il nous emmerde pour qu’on les envoie à l’école, faut les emmerder quand ils n’y vont pas, c’est la politesse ça. »
P47 « Ernesto était le seul enfant de la mère qui s’intéressait à Dieu. Jamais Ernesto n’avait prononcé le mot Dieu, et c’est à travers cette omission que la mère avait deviné quelque chose comme ça, Dieu. »
P48 De la mère « Pour Ernesto c’était peut-être déjà une œuvre, la vie de la mère. (…) C’était l’œuvre, cet avenir en marche, à la fois visible, imprévisible, et de nature inconnue. (…) Et c’était peut-être cette œuvre qui, retenue en elle, faisait ce chaos ».
La mère est une sorte de divinité, elle est un peu Gaïa, la Terre-mère. Elle est cet état de confusion ayant précédé l’organisation du monde. Elle incarne cette crevasse. Toute la famille respecte « l’ordre instauré par la mère » (p69).
P52 À propos de la mère « ce qui l’accablait c’était que le printemps puisse revenir ». Rien de nouveau sous le soleil. Le printemps, c’est le Primus tempus ; la bonne saison qui revient toujours, car il y a un temps pour tout. Mais ce retour est impossible car insupportable. L’insupportable idée qu’il faille toujours re-commencer. C’est l’impossible séparation.
P55 Référence aux juifs, à la Shoa. Pourquoi la référence au peuple martyr ? C’est la culpabilité de ne pas être mort avec eux. L’idée insupportable qu’on puisse vivre encore après l’horreur. C’est aussi le trou dans l’histoire, la Shoa. Plus rien ne vaut la peine après cette douleur, cette horreur de la mort organisée, mécanique. C’est sans justification possible. Sans langage possible pour y remédier. Tuer les juifs, tuer les abandonnés du monde, tuer les errants du monde. Abandonner au triste sort de la mort les abandonnés de Dieu. Avec les juifs, on a tué l’idée insupportable d’une vie, d’une solution à la vie faite d’un manque de Dieu. Alors, plus rien ne vaut la peine.
P61 L’instituteur représente la répression, le moule, l’obligation, l’institution . « On les force, Monsieur, on les y contraint, on tape dessus, voilà… »
L’instituteur est tourné en ridicule, personnage bouffon presque farcesque. « L’instituteur scrute les parents. C’est un instituteur comique. Tout à coup, il crie. »
P64 "Ernesto, c’est en dedans". C’est un royaume. Ce royaume, il est le lieu d’avant la naissance, lieu avant la création du monde. Dans le jadis, c’est-à-dire les jours à jamais. Ce royaume qu’on devine mais qu’on ne peut plus jamais voir, que l’on a jamais vu ou alors revu, revenir est impossible mais dont le désir du retour est la quête.
P65 « L’instit est contaminé par le parler des parents. » Il parle maintenant le même langage.
Il y a un langage institutionnel tournée en dérision. Par le contraste entre la raison étonnante, surprenante, révoltée d’Ernesto et la réponse du directeur et donc de l’institution qu’il représente. « L’instituteur : lui parler. Le raisonner. Revenir à un logique élémentaire. Parler. Tout est là. Parler. Dénouer la crise. La transférer. "
Le monde de la famille n’est pas le lieu du langage. C’est une famille où l’on crie tout le temps. Le cri représente ce temps d’avant la langue ; monde onomastique.
P67 « Lui aussi est complètement en allé dans une histoire invisible. »
P72_73 Le père est déchiré à voir ses enfants dans cet appentis. Il est traversé d’une culpabilité vis-à-vis de leur naissance. L’idée d’en être séparé, séparer physiquement. Responsable de leur enfantement. Récit de l’abandon sur l’abandon, sur la peur de l’abandon (P73). La séparation. Il ne peut plus rien pour eux. Il est déchiré de ne pas les sauver de la vie qui leur a donné.
« Bien sûr que le père le savait ça, que l’amour des enfants n’est pas le même que celui d’un enfant, d’une seule personne, mais lui, ses propres enfants lui avaient donné la nostalgie d’un amour général dont il savait maintenant qu’il ne l’atteindrait du moment qu’il avait pour cette femme une écrasante préférence, un inaltérable désir. » P73
P78_ 84 Entre Ernesto et l’instituteur il y a une sorte de complicité scientifique, intellectuelle. "L’instit" accepte le chewing-gum. Toujours au bord aussi du savoir qui est une incomplétude de la connaissance, comme si l’instituteur n’était pas dupe aussi de sa vanité.
L’importance de l’autoroute. Symbolique du chemin, l’initiation, de l’autre côté la vie, le monde adulte, l’indépendance, la séparation. Le manque. L’au-delà. Le désir, la mort.
« Le grand trou vide leur enfance ». C’est la scène primitive à laquelle ils sont dans l’impossibilité d’y assister, d’y revenir. D’en témoigner.
P 95 La lumière est celle d’un « fin de jour de mai. »
P105_106 L’importance du livre troué. Ernesto a tenté par l’apprentissage de la chimie de comprendre le défaut par où sortir. Il a tenté de comprendre à travers l’étude de la création des choses d’où pouvait venir l’erreur à partir de laquelle le monde s’est mis à ne plus fonctionner. Sortir de l’errance.
« L’instituteur : Pour le livre brûlé …. Dites-moi Monsieur Ernesto…
Ernesto, cherche comment dire : avec ce livre… justement … c’est comme si la connaissance changeait de visage, Monsieur … Dès lors qu’on est entré dans cette sorte de lumière du livre … on vit l’éblouissement… (Ernesto sourit). Excusez-moi… c’est difficile à dire … Ici les mots ne changent pas de forme mais de sens … de fonction… vous voyez, ils n’ont plus de sens à eux, ils renvoient à d’autres mots qu’on ne connaît pas, qu’on a jamais lus ni entendus… dont on n’a jamais vu la forme mais dont on ressent … dont on soupçonne … la place vide en soi … ou dans l’univers … je ne sais pas…
P106 : L’instit semble las lui aussi de la vanité de son travail et trouve refuge chez Ernesto et jeanne. Comme attiré par une lumière fascinante.
P107-8-9 La nuit. La nuit de l’étreinte. De la connaissance accomplie. Ernesto et Jeanne font l’amour. « C’était cette nuit-là qu’ils s’étaient pris. Dans l’immobilité. Sans un baiser. Sans un mot. P109
P109 Le printemps.
P110 les noms des enfants est listé par ordre : 7 enfants (symbole)~jeanne~suzanna~giorgio~paolo~hortansia~marco
P111 Lecture du livre par Ernesto. Métalecture. Métalangage. Le lecteur lit le livre lu par Ernesto. Ce livre est le livre troué.
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La pluie tombe. Sous le soleil. Vapeur du ciel, il n’y a rien, rien qu’une révolution.
Retour de l’astre. L’orbe circulaire. Rien ne sert. Attendre que le temps passe et revienne sur lui-même. La nuit, le désir de la sœur Jeanne. Brulante de désir, enflamme le ciel vide où tourne et retourne. Vers soi-même, connaissance du monde.
Souffle de l’esprit. Périphérie d’une ville, Vitry. Au bord du savoir, près d’un trou dans lequel on tourne à ses bords sous la pluie, en nous, la vapeur, fumée de la connaissance.
Si quelcun s'enyvre de sa science [...] qu'il tourne les yeux au dessus vers les siecles passez
Le flou régnant. Traverser le désert, attendre au pied de l’arbre de la connaissance.
L’inceste, personne qui a commis la nuit. Retournez vers elle-même. Cet amour les plonge dans l’étonnement. Contemplation.
Connaître la multitude, spéculer. Le commun des hommes traversé par Ernesto.
Passion de la lune. La voir entourer de nuées, cette vapeur multiple aux contours informes.
Tendre le temps du premier âge. D’une empreinte.
Les noms des enfants et de la mère changent. Rien ne s’accroche dans le maintenant, couche des nuits passées, les noms sont les mémoires, les traces. Ce qui reste du jadis.
Le savoir n’est pas la connaissance. Le savoir est la langue qui tente de réparer le vide, ce trou, cette béance d’où nous sommes à jamais sortis.
La pluie c’est l’épreuve des jours.
Ernesto est Qohelet. Il est celui qui s’adresse à la foule. Il est celui qui éploré chante la sagesse. Le retrait face aux choses le fixe face à l’éternel mouvement du même.
ce qui est courbé ne peut être redressé
ce qui manque ne peut être compté Ecc I, 15
La mère comme Ernesto comprend la phrase. Car le fou et le sage c’est pareil.
Il n’y a pas de souvenir durable du sage ni de l’insensé, et dès les jours suivants, tous deux sont oubliés : le sage meurt bel et bien avec l’insensé » Ecc, II, 16
Il a mis dans cœur l’ensemble du temps. Ecc, III,9
Car du nombre de tracas vient le songe
Du nombre des paroles, le ton de l’insensé V,2
Je sais que tout ce que fait dieu sera pour toujours
A cela il n’y a rien à ajouter
De cela il n’y a rien à retrancher
Et dieu fait en sorte qu’on le craigne
Ce qui est fut déjà, ce qui sera est
Déjà, et Dieu recherche ce qui a disparu Ecc, III, 14-15
Salomon : sur tous, il a vu s’éteindre l’ombre de la mort. Tout est vain. La diversité cache l’éternel retour des choses.
Pessimisme et contestation morale. La Shoa.
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Manquer ce n’est pas se rencontrer. La rencontre c’est errer jusqu’à l’autre. Le chemin est l’erreur. Tromper est la découverte de la vie. D’une somme née d’une erreur c’est-à-dire d’un hasard. L’erreur est le résultat d’un hasard. Il est hors du commun, marginal, singulier. Étrange. Manquer, revenir à la faute primaire : la séparation. Commencer la vie estropié. Culpabilité de la mère a enfanté, a engendré la vie. Les erreurs de la vie.
Espace blanche autour du texte écrit, la marge. L’erreur vient de l’espace blanche. Elle est au bord du trou, insignifiant. Le mot couvre, remplit le trou. Vanité. La vanité est l’inverse de la marge. La vanité est le mot qui recouvre la marge –l’espace blanche. Le langage est errer. Il est l’éther autour de la lettre.
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Ernesto au pied de l’arbre ancré dans le silence. Il est bouddha. Il est le presque rien
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Le roi Yoyaquim reçoit un rouleau contenant les oracles du prophète Jérémie ; le roi détruit alors ce livre par le feu. Livre brûlé est celui de la connaissance qui est comme le secret. Elle se transmet mais ne se donne pas.
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Jeanne est comme marie madeleine possédée par sept démons. Marie témoin de crucifixion et de la résurrection.
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Ernesto est face à l’école comme nous sommes face au monde. A la vanité de l’existence, refus de perdre son temps. Retour à l’origine. À la poussière. Au désir de mourir. C’est un personnage incarné, pris dans une fureur. Une colère extrême où la violence est telle qu’elle ne peut se supporter qu’elle-même. Une colère de la colère.
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La pluie d’été, c’est le métissage. Ils sont italien, russe, sans âge. Les personnages sont des souvenirs, des rémanences, des empreintes de culture.
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Ce sont des étrangers. L’altérité est fabuleuse.
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Les personnages crient. Ernesto surtout. Il crie comme le christ. Il crie à l’abandon. Pourquoi m’avez-vous abandonné ?
Les personnages crient beaucoup. Cris contre la précarité de la vie, sa finitude.
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La pluie d’été c’est une lecture juive du monde, du temps de l’abandon. Mais avec une réponse politique, donc désespérée.
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Dieu est un souvenir.
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Le temps. Ce printemps revenant toujours exaspère la mère. Cycle. Retour éternel des choses. Le chiffre 7, c’est le temps qui se répète.
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Toutes les familles pauvres ont en commun une sorte de folie de vivre. Un désespoir où la vie est étrange, incompréhensible. La seule réponse est une forme de pessimisme joyeux. L’injustice est telle, mais pas uniquement l’injustice sociale, l’injustice en général, celle de la vie, de la douleur de l’existence, qu’on ne peut qu’en rire. La pauvreté, c’est la misère dans un éclat de rire.
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Ce livre est un conte où le regard sur le monde est halluciné.
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Duras chasse la psychanalyse du champ qu’elle croyait pouvoir investir pour illustrer, justifier ses choix, car l’univers durassien est un monde après Freud. Duras n’aimait pas le mot rêve car je crois pouvoir dire que ce mot n’apporte aucune solution à la vie. Elle est au-delà de ça. Il faut donc lire Duras comme une révolutionnaire. D’un face-à-face unique, violent avec le lecteur. La réception de son œuvre, Lacan l’a comprise. Il traverse son œuvre en fermant la porte derrière lui, rien à dire, elle sait tout. Elle le sait mieux que nous. Que reste-t-il à dire ? son désespoir à la lecture de Duras, son éclairement. La singularité qu’elle nous retire.
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J’ai voulu par tous ces fragments, toutes ces notes, laisser ma lecture brute. J’ai voulu laisser intact le bruissement de la pluie d’été sur moi.
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L’histoire d’Ernesto est d’abord un livre pour enfant écrit par Marguerite Duras, publié en 1971 chez Harlin Quist. Cette BD est un objet de collection aujourd’hui.
Ce fut ensuite un film intitulé Les enfants, 1984 (Pierre Arditi, André Dussollier, Axel Bougousslavski, Daniel Gélin, Marguerite Duras, Martine Chevalier.).
Puis ce fut enfin ce livre, La pluie d’été, 1990, POL.
Le zôgraphe
écouter marguerite duras sur la pluie d'été